Ferme Janlau

Baie-du-Febvre, Québec
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Depuis 12 ans déjà, Laurent Lefebvre et Jean Côté ont pris le virage vers le sans fumier. Eux qui pourtant avaient une ferme laitière depuis 1973, ils décidèrent de cesser le volet animal en 1997 pour se concentrer exclusivement sur les grandes cultures. Leurs champs étant certifiés biologiques depuis les années 80, ils étaient inquiets de se retrouver en carence par l’absence de fertilisation animale. Les deux copropriétaires firent donc appel à deux agronomes, Jacques Petit et Pierre Jobin. Ceux-ci affirmèrent qu’il est tout à fait possible de cultiver sans fumier, à condition de laisser le tiers de la superficie en prairie.

L’approche 1/3 n’est d’ailleurs pas nouvelle. En Allemagne, l’agriculture pacifique soutient que la terre devrait être laissée au repos (prairie) une année sur trois. En Angleterre, l’agriculture sans bétail (Stockfree farming), également sans intrant animal, repose sur l’intensification des engrais verts longue durée (2 à 3 ans) et les rotations longues (sur une période de 8 ans).

La clef du succès

Les propriétaires optèrent donc pour une rotation sur 9 ans parmi lesquels 3 années sont consacrées à une prairie permanente. Les années subséquentes consistent en une alternance de céréales et de légumineuses. La prairie joue ici le rôle d’engrais vert de longue durée. Les plantes ont le temps de bien s’installer, allant puiser les nutriments en profondeur et constituant un système racinaire étendu et dense. De plus, la prairie stimule et abrite la vie, fixe de l’azote, rend solubles des minéraux et améliore la structure du sol tout en le nourrissant.

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Une telle prairie permet de diversifier la rotation des cultures. Elle coupe ainsi le cycle des ravageurs et offre une lutte efficace aux adventices (communément appelées « mauvaises herbes ») par sa densité et le travail du sol qui la suit.

Concrètement, la prairie est implantée au printemps en même temps qu’une céréale (blé). Celle-ci se compose d’un mélange de 7 espèces : luzerne, trèfle, fétuque, mil, dactyle, pâturin du Kentucky et lotier. Ce n’est toutefois qu’après la récolte de la céréale que la prairie s’installe. Les deux années suivantes, si le prix du foin est intéressant (supérieur à 70$/tonne), jusqu’à deux coupes seront récoltées. Sinon, le foin est laissé sur place, tout comme la troisième coupe.

La troisième année, après la deuxième coupe, cette prairie sera détruite par deux passages de rotobêche, précédée d’un passage de sous-soleuse. Le temps doit être chaud et sec. Suit alors une jachère au cours de laquelle les racines des adventices sont exposées au soleil grâce à 2 ou 3 passages de cultivateurs. La jachère se termine par l’ensemencement d’une céréale d’automne en septembre, ou d’un engrais vert de moutarde blanche. Les nutriments minéralisés au cours de la jachère sont rapidement récupérés, évitant le lessivage, et le sol se retrouve protégé contre l’érosion au cours de l’hiver.

Les cultures

Sur les 490 acres de terre que compte l’entreprise (dont 85 acres en transition), on retrouvait en 2005 du soja (162 acres), du blé (80 acres), de l’épeautre (50 acres), du sarrasin (43 acres), du lin (25 acres) et le reste en foin (130). Monsieur Côté mentionne que, malgré l’abandon des fertilisants animaux, les rendements se sont très bien maintenus.

D’ailleurs, un suivi des analyses de sol tous les 3 ans confirme une amélioration de ses propriétés. Chaque année, les superficies en prairie reçoivent un apport de chaux, assurant ainsi un pH neutre. Seul le magnésium semble pour l’instant afficher une légère baisse, mais cette situation pourrait être corrigée par l’utilisation de chaux magnésienne.

D’autres engrais verts viennent également compléter les cultures. Dans les cultures sarclées comme les céréales, du trèfle est ensemencé à la volée avant le dernier passage. Lors de la récolte, les résidus de culture et les pailles sont tous laissés sur place, ce qui contribue à augmenter le taux de matière organique.

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Outre les actuels soja, blé, épeautre, sarrasin et lin, la ferme Janlau a par le passé expérimenté diverses cultures de légumineuses : lentilles, pois chiches, fèves rouges. Ces dernières furent cultivées pendant 10 ans pour être exportées en Allemagne. Une difficulté avec les légumineuses est leur recouvrement partiel du sol, favorisant alors la présence d’adventices.

Un autre essai intéressant consistait à cultiver du lin en association avec du blé court Barry. L’objectif étant de récolter d’abord le lin qui est plus grand, pour ensuite récolter l’autre. Cette technique fut utilisée avec succès, à l’exception d’une année où les conditions pluvieuses favorisèrent le blé qui étouffa alors le lin.

La culture de l’épeautre des deux dernières années fut difficile en raison des conditions pluvieuses de décembre. Comme alternative, ils s’apprêtent à cultiver une nouvelle variété d’épeautre pouvant être implantée au printemps plutôt qu’à l’automne.

Du côté de la mise en marché, la production se destine à l’alimentation humaine. Les céréales sont vendues directement au Moulin La Pierre et la Minoterie les Brumes, tandis que le soja est acheminé sur le marché japonais grâce à un intermédiaire.


31 janvier 2009
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